Qui est, en fait, Germina Emond Fournier?
Née le 20 juillet 1919 sur «le banc des blancs» à Betsiamites, de l’union d’Hermine Miller et d’Edouard Emond, Germina a vécu toute sa vie à Sainte-Anne-de-Portneuf. Entrée sur le marché du travail dès l’âge de 14 ans, après avoir terminé sa 7e année, cette jeune femme a vécu différentes expériences de travail tant comme cuisinière sur un chalutier que dans les camps forestiers, qu’aide polyvalente au bureau de poste et de télégraphe de Mme Rose Tremblay.
À 18 ans, en 1938, Germina décide de devenir entrepreneure en ouvrant une salle de billards doublée d’un comptoir-lunch dans une bâtisse située tout à coté de la résidence familiale. Semble-t-il que Papa Edouard avait l’œil aux aguets et venait vérifier par lui-même par la fenêtre, en soirée, ce qu’il advenait de sa fille commerçante. Elle n’a guère d’argent et ses premiers achats s’effectuèrent à Québec avec l’aide de son frère Ulysse qui devait se rendre pour ses affaires dans la vieille capitale. Elle lui donne 50$ pour ses commissions et il en achète pour 100 $. Elle est bien déçue car elle n’aime pas avoir de dettes… Son ami de cœur, Bertrand Fournier, part à la guerre dans les vieux pays. Ils correspondent et il lui envoie des cadeaux. Elle les revend et lui en expédie à son tour.
Sa clientèle est variée : les cousins, les cousines, les amis et les amies du village, les policiers, les gens qui viennent pour le pélérinage à la Sainte-Anne…
Pendant ce temps, elle s’occupe du bureau de poste de Portneuf-sur-Mer. Elle n’a pas l’âge requis, 21 ans. Pas de problème…. Sa mère lui prête son nom et elle commencera officiellement vers 1940 son travail de maître de poste.
Ses frères travaillent sur les chantiers et lui dénichent un correspondant, même qu’au début, il lui aurait joué un tour en écrivant la lettre à la place du beau brummel. C’était évidemment l’entrée dans le décor de Bertrand Fournier, un gars de Métis Beach, venu travailler sur la Côte-Nord pour l’Anglo Pulp. Celui-ci profitait de ses congés pour descendre «à la mer» pour louer une chambre chez les Emond et rencontrer sa belle en «liberté surveillée».
Bertrand revient de la guerre et ils décident de se marier. Les enfants suivent ensuite et viennent au monde Denise, Jules, Nicole et Thérèse.
Bertrand doit réintégrer le monde régulier du travail. Lui et Germina décident de se partir en entreprise. Ils commencent tout d’abord à s’occuper de la diffusion de films à la salle paroissiale du village. L’autorité religieuse quant au choix des films et l’horaire de la programmation (pas question de film le dimanche) leur pèse lourd et ils décident de mener à terme leur projet de construire un cinéma et de faire la tournée des chantiers forestiers avec les films loués dans la métropole. Entretemps, le comptoir-lunch est devenu épicerie et ensuite, s’y est greffé le comptoir d’informations pour la pourvoirie et le Club du paradis sauvage dont ils sont co-actionnaires. Dans les années 1950-1960, le cinéma Au Petit Paris était le seul entre La Malbaie et Hauterive. Il se transformait certains soirs en salle de spectacles avec la venue des troupes de Jean Grimaldi, Roger Miron, Welly Lamothe, Jean-Paul Kingsley et même parfois de lieu de rencontres avec les chefs de partis politiques.
On ne s’ennuyait pas chez les Fournier. On écoutait des films dans la cabine à vues avec Papa et maman nous servait la collation par le petit carré tout à coté des projecteurs, on discutait avec les artistes avant et après les spectacles et surtout, on lisait et on écrivait aussitôt qu’on avait du temps libre. Et on aimait la musique!!!!
Avec l’arrivée du 35 mm et ensuite du vidéo, le couple Emond-Fournier décida de fermer le «théâtre» lequel est depuis transformé en bloc-appartements que Germina a continué à gérer jusqu’à un mois avant son décès. De son lit d’hôpital, elle se préoccupait encore de tout ce qu’il restait à faire… Vaillante et déterminée, cette femmes d’affaires avisée aura su s’occuper de ses entreprises pendant 66 ans…
Germina ne perdit pas de temps et dès l’Année internationale de la femme en 1976, décida de s’affirmer davantage et participa à la conférence nationale qui eut lieu à Ottawa. Dorénavant, elle ne demande plus la permission de sortir, elle se contente d’informer ses proches et son mari de la date de ses sorties.
Elle devint ensuite présidente du Club de l’âge d’or local et ensuite membre du C.A. du Conseil régional de l’âge d’or. Elle fait partie des membres fondatrices d’Action-Info-Femmes et fit partie du Comité organisateur de la journée du 8 mars jusqu’en 2003. Elle est aussi bénévole au journal communautaire Nouvelles d’icitte où elle s’implique dans le renouvellement des abonnements et dans les différentes tâches du quotidien. Elle fut une membre convaincue et disponible. Son goût de la fête l’amena à donner un coup de main aux fêtes de la St-Jean Baptiste durant douze ans. Germina fut également directrice durant une bonne dizaine d’années au C.A. de l’Office municipal d’habitation de Sainte-Anne-de-Portneuf.
Le Regroupement des femmes de la Côte-Nord se fonde et elle en devient aussitôt membre. Participer aux bi-annuelles est pour Germina un événement et elle entraîne à sa suite d’autres aînées du secteur. Elle ne manqua pas une de ces activités et se faisait un malin plaisir d’apporter des cadeaux pour ses copines du Regroupement. Elle fut d’ailleurs intronisée comme membre honoraire du Regroupement des femmes de la Côte-Nord. En 2002, elle était intronisée membre de l’Ordre du mérite nord-côtier. Elle était également membre de la Fédération des femmes du Québec et pendant quelques années, du Club politique féminin de la Côte-Nord.
Dans les années 1980, l’esprit entrepreneur de Germina refait surface. Suite à la fermeture de l’épicerie familiale, elle décide de se lancer dans une toute nouvelle expérience, celle des gîtes du passant. Il n’y en a pas à la ronde et le gîte La Maison
fleurie se vit décerner en 2003 le prix Coup de cœur du public pour la région Côte-Nord de la Fédération Agricotours du Québec. Une belle façon encore de découvrir de nouvelles personnes et de leur faire connaître sa Côte-Nord.
Quelques semaines avant son départ (le 5 juin 2003), Germina a participé à Québec avec Denise et Thérèse à la remise des prix Hommage Bénévolat Québec où le travail bénévole de Denise et du journal Nouvelles d’icitte étaient mis en valeur et assistait, à la mi-mai, à la projection du film «Les invasions barbares» au Ciné-Centre à Baie-Comeau. Elle a été définitivement active jusqu’à la fin de sa vie.
Germina fut une femme attachante, à l’esprit ouvert, toujours disponible pour participer à une activité ou une sortie, qui aimait voir des spectacles, entendre de la musique lire, rire , partager et vivre en société. Coquine et spontanée, elle était à l’aise partout et avait plaisir à découvrir de nouveaux coins de pays. Elle fut, pour ses filles, une amie, une complice, une collaboratrice, une «grande oreille» pour leurs confidences et une compagne de voyage sur laquelle elles pouvaient toujours compter. Elle leur a transmis son amour des gens et des autres cultures ainsi que son insatiable soif de vivre. Elle fut pour son fils Jules, ses petits-enfants Michel, Eric et Daniel, sa bru Dominique, ses frères (David, Josaphat, Léo, Paul-Emile, Philippe, Oscar), ses sœurs (Blanche et Edouardine), ses neveux et nièces, ses amis, ses amies, une alliée et une collaboratrice fidèle. Elle eut la joie, au cours des derniers mois de sa vie, de connaître son arrière petite-fille, Maude Fournier née en avril 2003.
Sacrée Germina…Elle n’a pas participé cette année, comme à son habitude, à la dernière journée du festival de la chanson de Tadoussac et pour nous, son absence a paru. Elle sera sûrement cependant aux festivités du 20e anniversaire de fondation du Regroupement des femmes de la Côte-Nord où sans se faire voir, elle chantera, frappera des mains, rira et dansera avec nous.